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lundi 27 août 2012

Kabuki Trip

Aujourd'hui, un seul dessin et beaucoup de texte !

Ces derniers temps, je sais pas pourquoi, la passion qui me tiraillait le ventre durant ma fougue jeunesse et qui était enfouie et enterrée jusqu'à présent, me rappelle à son chevet: je rekiffe de plus en plus les mangas et la culture japonaise.

Car oui, étant adolescent, j'ai été bercé durant de nombreuses années par l'otaku-style. Afin de parer à cette phase de l'adolescence que je trouvais assez barbante, je préférais me réfugier dans cet univers foisonnant de bastons, coups de sabre, super-pouvoirs de la mort, soleils levant et discours électrisants sur l'amitié et l'amélioration de soi au dépens de la fatigue. Vu de l'exterieur, je devais paraître assez ridicule mais bon, je prenais mon pied et je dessinais à longueur de temps.

Et puis un jour d'été, pouf, plus rien. Je me suis rendu compte que dessiner dans le style manga se révélait être assez chiant et en lire n'était pas une grande preuve de maturité. Du coup, j'ai petit à petit arrêté d'en acheter. Bien sur j'ai continué pendant un temps à acquérir la suite de mes séries préférées mais ça s'est vite épuisé. Ma collection adorée de Naruto a dramatiquement fini dans les mains de mon petit frère (qui, à mon grand plaisir, la continue aujourd'hui).

C'était la fin d'une époque.
(J'aime m'exprimer avec des phrases de vieux).


(Version noir et blanc, que je trouve cool aussi)


Mais ces derniers mois, je me suis remis progressivement à en lire. Et de manière plus saine.
J'ai commencé à emprunter des mangas peut-être plus "adultes" en un sens, les différentes œuvres de Taniguchi que je pouvais trouver en bibliothèque, celles de Matsumoto aussi (dont j'ai déjà parlé dans un précédent article). Puis j'ai relu avec plus de plaisir que je ne l'avais pensé, les séries qui comptaient tant à mes yeux à l'époque: Naruto, Dragon Ball, Beck, Death Note, Dreamland, Mushishi (dont j'ai fini par acheter les tomes qui me manquaient), 20th Century Boy, Eyeshield 21, Air Gear, D.Gray-Man, Samurai Deeper Kyo. J'en ai aussi emprunté de nouvelles en bibliothèque: Vagabond, Monster, Pluto. J'ai regardé à nouveau les animes qui m'avaient tant plu comme Full Metal Alchemist ou Samurai Champloo, les films d'animation du studio Giblhi ou autres boites japonaises.

Et cet attrait pour cette culture nipponne m'a fait découvrir récemment les romans de Haruki Murakami, que je dévore depuis quelques temps avec le plus grand plaisir. 

Tout ça pour dire que les deux ou trois années que j'ai passées à ne m’intéresser que très peu aux mangas pour me concentrer sur d'autres choses - Les BD occidentales (Blain, Sfar, David B, Crumb, Vivès, Pedrosa, Satrapi et tant d'autres), l'art contemporain, le cinéma, etc - m'ont permis de retourner aux mangas et à la J-culture avec un regard nouveau. Adieu la boule au ventre à l'attente du nouveau Naruto qui serait encore plus mega-giga-ultra-trop-çavaçava-super-cool que le précédent, laissons place à un regard plus objectif sur les œuvres. 

Et bien je dois dire qu'en fait, je découvre des choses super intéressantes graphiquement et narrativement parlant, qui vont plus loin que ce que je recherchais et voyais avant: des-séquences-des-héros-et-des-histoires-qui-en-mettent-tellement-plein-la-vue-que-tu-fais-même-pas-gaffe-aux-images-et-a-la-construction-des-pages-que-tu-lis-tellement-que-t'as-envie-de-vite-connaître-la-suite.
 Les mangas ont une richesses indéniable.

(Bon après, tout n'es pas d'or et je dois bien avouer qu'à ce niveau-là, les histoires des shonens classiques du genre Naruto, Kyo, Shaman King, sont quand même assez redondantes et un peu pauvres parfois.)

Je me suis aussi rendu compte d'un attrait presque nostalgique (alors que je n'y suis bien sur jamais allé) pour tout ce qui touche au Japon. C'est une culture qui m'est étrangère et qui, pourtant fait partie intégrante de moi. C'est assez paradoxal.

Tandis que les auteurs de BD adultes actuels ont été bercés par les westerns avec John Wayne, notre génération a beaucoup évolué dans la culture de masse japonaise, les dessins-animés, les mangas, les jouets, les jeux-vidéo, etc. Et je me demande si ça va ressortir un jour et par quelle manière, lorsque les jeunes auteurs ou dessinateurs en herbe d'aujourd'hui, seront devenus adultes et auront atteint un succès notoire.

Tout ça pour dire que je m'amuse bien dans mes lectures en ce moment (d'autant plus que je ne lis pas que ça). 





Bruit du jour: Aujourd'hui je choisis de cet article un peu spécial pour mettre deux liens.
- L'Opening de Samurai Champloo, qui est vraiment super (comme le reste de la bo d'ailleurs)
- Kabuki Danshi de Myavi qui me rapelle de sacrés souvenirs.


lundi 7 mai 2012

Gogo Monster

Chers tous et toutes

Aujourd'hui, j'ai décidé de vous parler d'un auteur que j'apprécie terriblement 
(certains pourront presque dire que je l’idolâtre), en la personne de Taiyou Matsumoto.

Oui, oui il fait des ........ mangas ! Boooouh la honte !
Sauf que non, ce n'est pas vraiment du Naruto (contre qui je n'ai au passage aucun ressentiment et qui a animé mes folles années de jeunesse) que crée ce bonhomme.

Matsumoto n'est effectivement pas un auteur comme les autres. Selon sa biographie
Wikipedia, il aurait eu l'occasion de faire un voyage en Europe étant jeune, lui permettant 
de découvrir des auteurs de BD européens tels que Moebius ou Prado.  
Je pense que ce n'est vraiment pas anodin.

Le style de Matsu est absolument génial car il le fait évoluer à chaque manga qu'il crée. Je l'apprécie particulièrement dans Gogo Monster, dont je vais parler ici, et Number Five dans lesquels il met en place une sorte de trait faussement brouillon qui donne un dynamisme époustouflant à ces dessins, tant pour les personnages que les décors. Une sorte de Nicolas de Crécy à la sauce japonaise, qui arrive à gérer tout autant, mais en restant en noir et blanc.

Ce brave homme est surtout connu pour avoir mis au monde le manga Amer Béton (Tekkon Kinkurīto pour les intimes). Mais, selon moi son plus grand chef-d’œuvre, même si je ne suis 
pas encore à bout de sa bibliographie, est Gogo Monster.
   
Pour en faire un rapide résumé, Gogo Monster raconte l'histoire de deux écoliers japonais. Yuki (à droite sur mon dessin) est un enfant bien étrange. Bien qu'ayant de bons résultats en classe, il n'a que très peu d'amis, cela étant dû au fait qu'il prétend voir des esprits, les Autres, avec à leur tête le puissant et fort Superstar. Mais tout change lorsque arrive en classe et s’assoit à coté de Yuki un nouvel élève, Makoto (à gauche). Leurs rapports sont au départ froids car Makoto tente de s’intégrer avec le reste de la classe et évite donc de trainer avec le "gamin bizarre". Mais très vite débute une forte amitié entre les deux enfants. Cependant, les choses vont commencer à devenir étranges lorsque le monde des esprits va venir se mélanger à la réalité. Ces êtres invisibles existent-ils vraiment ou Yuki est-il en train de devenir fou ?

Le schéma des protagonistes rappelle le duo Noiro/Blanco d'Amer Béton mais en fait perturbé par un troisième personnage, QI, un enfant un peu plus âgé que les deux autres, très intelligent comme l'indique son surnom et portant constamment un carton sur la tête.

L'histoire se déroule donc dans un univers enfantin mais offre des possibilités de lectures particulièrement foisonnantes. Pour tout vous dire, la première fois que j'ai lu ce manga, je n'ai absolument rien compris. Mais là n'est pas l'important selon moi. Le fait d'être plus déboussolé à la fin qu'au début de la lecture ne rend cette œuvre que plus passionnante. D'un point de vue plus pragmatique, plusieurs hypothèses peuvent exister au sortir de la lecture: une fable sur le passage de l'enfance à l’age adulte, une fiction pour traiter de la relation entre les enfants autistes et leurs camarades, un plaidoyer écologique, une critique du système scolaire japonais (avec cette redondance de phrases d'élèves anonyme sur les cours du soir). 

Je pense que c'est à la fois ces plusieurs possibilités et aucune d'entre elle. Mais je préfère ne pas choisir et savourer ce livre comme une expérience de lecture, dont je ne serais en tout cas pas ressorti indemne.

Je vous conseille donc vivement de lire cet ouvrage, ou au moins de regarder des extraits sur internet pour admirer ce trait époustouflant.





Au passage, j'en profite pour dire que je me suis beaucoup inspiré du travail de Renart pour réaliser cette chronique. Allez voir son blog, vous allez baver et ça va vous donner envie de découvrir des films ou livres cools !



Bruit du jour: Fleet Foxes / The Shrine, An Argument